Prière à l'inconnu
Publié en 1938, au lendemain de Guernica, ce poème de Jules Supervielle met en lumière les questions métaphysiques de son auteur. Paradoxale puisque destinée à quelqu'un dont l'existence est mise en doute, Prière à l'inconnu est un cri personnel mais aussi un cri pour l'humanité en danger. Voilà que je me surprends à t'adresser la parole, Mon Dieu, moi qui ne sais encore si tu existes Et ne comprends pas la langue de tes églises chuchotantes. Je regarde les autels, la voûte de ta maison, Comme qui dit simplement: voilà du bois, de la pierre, Voilà des colonnes romanes. Il manque le nez à ce saint. Et au-dedans comme au-dehors, il y a la détresse humaine. Je baisse les yeux sans pouvoir m'agenouiller pendant la messe, Comme si je laissais passer l'orage au-dessus de ma tête. Et je ne puis m'empêcher de penser à autre chose. Hélas ! J’aurai passé ma vie à penser à autre chose. Cette autre chose, c'est encore moi. C'est peut-êtr...